L’ex-libris, ou marque de livre (du latin ex libris - « provenant des livres »), trouve son origine dans la culture de l’Égypte ancienne, à l’époque du pharaon Aménophis (XIVe siècle av. J.-C.), lorsque l’on commença à fixer aux rouleaux de papyrus des plaquettes de faïence portant le sceau personnel du souverain. Le développement de l’ex-libris en Europe occidentale fut largement favorisé par l’intérêt que lui portèrent, du XVIIIe au XXe siècle, des maîtres aussi célèbres qu’Albrecht Dürer, Lucas Cranach et Hans Holbein. Les artistes russes apportèrent une contribution importante à ce genre graphique. Les années 1970-1990 furent particulièrement fécondes pour l’ex-libris. Si, dans sa version classique, l’ex-libris était une petite étiquette reproduite en plusieurs exemplaires, que le propriétaire d’une bibliothèque collait dans ses livres et qui comportait nécessairement le nom et le prénom du bibliophile ainsi qu’un dessin révélant ses goûts et ses centres d’intérêt, la notion de « marque de livre » se transforma considérablement durant le dernier tiers du siècle dernier : l’ex-libris devint un objet d’art figuratif ; il se développa activement en tant que graphisme miniature et aphoristique, devint un objet destiné à de prestigieuses expositions-concours internationales organisées sur un thème imposé, ainsi qu’une pièce de collection. Il cessa d’être un attribut des collections de bibliothèques, privées ou publiques. Enrichis d’une nouvelle symbolique, les ex-libris furent utilisés pour marquer les collections musicales : partitions, disques, cassettes - ex musicis. La présence d’un ex-libris artistique constitue l’un des indicateurs du développement de la culture nationale. Le désir des personnes instruites et cultivées de donner un caractère personnel à leurs collections rend les artistes miniaturistes recherchés et leur permet de répondre avec succès à la tâche qui leur est confiée. Depuis les bancs de l’institut, l’art de l’ex-libris accompagne l’auteur des miniatures présentées, reflétant non seulement sa vision singulière, mais déterminant aussi des trouvailles pour les disciplines connexes dans lesquelles il travaille. La chronologie des ex-libris révèle l’univers créatif de l’artiste, le rythme particulier du développement de sa personnalité. L’ex-libris devient un moyen d’exprimer son attitude envers une personne précise, sa proximité avec le propriétaire de la gravure, sa pénétration du thème, en révélant par le langage concis du graphisme le monde spirituel et la philosophie de vie. L’auteur aspire à une expression personnelle complète dans tous les thèmes compositionnels et toutes les formes de maîtrise graphique, sans oublier les exigences propres à l’ex-libris : sa correspondance avec la personnalité du bibliophile, l’association du caractère typographique et du dessin, ainsi que le respect de dimensions déterminées. Ces exigences peuvent être résolues de différentes manières : par le symbole, l’allégorie, l’antithèse, l’analogie, le grotesque, l’expression humoristique ou l’affirmation directe. Un tournant décisif dans le développement de son œuvre se produisit après une série de participations à de prestigieuses expositions européennes d’ex-libris.

Grâce à l’emploi du microscope, la gravure atteignit un nouveau degré et devint un objet auquel il accorda une attention particulière. La palette des procédés, des sujets et des motifs s’élargit. La conception traditionnelle de la plaque métallique, de la forme, fut détruite. Le ton devint une source d’inspiration. L’artiste utilisa délibérément un seul et même procédé, qu’il enrichissait des acquis antérieurs offerts par les possibilités techniques de l’eau-forte. Il s’agissait avant tout d’un intérêt plus conscient pour la ligne et le trait, ainsi que de la maîtrise de nouveaux procédés artistiques. Durant cette période, le motif métaphorique devint l’impulsion créatrice principale et le trait le plus puissant d’une liberté créatrice aux multiples facettes. Les éléments de l’architecture, de la structure et de la tectonique devinrent un thème privilégié de l’ex-libris pendant toute la période de son développement dans l’œuvre de l’artiste. La présence de tous ces éléments introduit le spectateur dans l’atmosphère des archétypes plans et spatiaux, en révélant la formation architecturale de l’auteur. La prédilection de l’artiste pour l’ex-libris typographique est tout aussi indissociable de son œuvre. Il est fasciné par les possibilités offertes par les instruments et les matériaux artistiques : le glissement de la plume, le trait gravé, la texture du papier. La ligne, fluide ou dynamique, capricieuse ou élégante, aux courbes singulières, comme dans les œuvres créées dans le style Art nouveau, fait naître des associations avec l’image du propriétaire de l’ex-libris. Pour accroître l’expressivité, l’auteur utilise un fond de « plaque » noir ou teinté, sur lequel se déplace la ligne. L’ex-libris typographique demeure le symbole des relations entre l’artiste et le propriétaire, le dialogue traditionnel qui les unit. Une œuvre calligraphique ne devient une œuvre d’art que lorsqu’elle contient la position personnelle de l’auteur, sa maîtrise, son érudition et son attitude émotionnelle envers le propriétaire de l’ex-libris. Intrigué par la symbolique du genre, le spectateur cherche dans l’œuvre graphique tirée en plusieurs exemplaires une impression adéquate et personnelle du propriétaire, le développement du thème indiqué et la vision du créateur. Une dimension philosophique subtile et délicate, la tentative de conférer perfection et beauté à l’œuvre miniature, ainsi que l’appréciation de l’écriture créatrice permirent à l’auteur de porter la gravure de petit format à un nouveau niveau qualitatif. L’ex-libris réalisé pour des contemporains se transforme en un document graphique de petit format propre à une époque, dans lequel se reflètent les personnalités du temps, la philosophie de l’époque et les possibilités techniques d’exécution de l’œuvre. En réalisant un ex-libris, l’auteur ne crée pas simplement une marque fonctionnelle d’appartenance, mais une œuvre qui acquiert la valeur d’un symbole du dialogue artistique entre la culture, la personnalité et le temps.