2010
« Revue russe de l’ex-libris », numéro 12, p. 65-68
Moscou. Éd. « RAE et MSK »
« La culture nationale des Gagaouzes dans les ex-libris de Piotr Plakh »
Piotr Nikolaïevitch Vlakh est né en 1945 dans la ville de Comrat, en RSS de Moldavie. Il est diplômé de l’École républicaine des beaux-arts I. E. Répine de Chișinău et de l’Institut polygraphique d’État Ivan Fedorov de Lviv.
L’artiste a créé près d’une centaine d’ex-libris consacrés à la culture contemporaine des Gagaouzes. De nombreux ex-libris sont dédiés aux collectionneurs et aux gardiens d’objets appartenant à la culture et au folklore gagaouzes.
Les œuvres de Piotr Vlakh ont été exposées à l’exposition pansoviétique « Les ex-libris de la famille des peuples », consacrée au 50e anniversaire de la fondation de l’URSS (1972, Vilnius) ; à l’Exposition pansoviétique de l’ex-libris (1972, Lviv) ; à l’Exposition de l’ex-libris moldave (1973, Moscou) ; à l’Exposition pansoviétique de l’ex-libris « Pour notre bonheur pacifique » (1974, Vilnius) ; à l’Exposition internationale « Le Livre-75 » (1975, Moscou), ainsi qu’aux expositions républicaines organisées à Chișinău.
Aujourd’hui, l’artiste vit et travaille dans la ville de Comrat (Gagaouzie, République de Moldavie).
L’apparition de Vlakh dans les expositions d’ex-libris des années soixante-dix fut une surprise. Les œuvres exposées montraient qu’il était l’artiste d’un thème unique, découvert et profondément ressenti. Il était évident que, dans son cheminement créatif, le graveur était non seulement cohérent, mais aussi organique. Toutes les miniatures de Piotr Vlakh ont été réalisées selon la technique de la linogravure. De longues années de pratique de la gravure dans cette manière ont permis à l’artiste d’en étudier et d’en comprendre parfaitement les spécificités et les particularités, ainsi que d’obtenir certains succès.
Connaissant parfaitement l’art décoratif et appliqué national, Piotr Vlakh en introduit des éléments dans tous ses ex-libris. Ce sont des miniatures en aplat qui séduisent par l’originalité de leur vision, l’intégrité de leur conception compositionnelle et leur maîtrise technique.
Dans les miniatures, l’image (comme cela arrive souvent dans l’art) sert de vecteur au principe spirituel, d’incarnation d’un certain ensemble de représentations relatives à la culture et à la vie quotidienne, à l’instruction et au goût. L’artiste préserve le lien traditionnel de l’ex-libris avec le caractère de la collection du bibliophile, ses goûts et ses passions.
Les ex-libris réalisés par Vlakh tendent vers le symbolisme. Leur contenu ne s’exprime pas seulement par une voie figurative habituelle : le style même de l’élaboration de la surface constitue une forme particulière d’expression de l’idée que l’on se fait de leur propriétaire.
Pour plusieurs de ces artistes, de telles recherches ne furent qu’un épisode passager de leur création et n’affectèrent pas substantiellement les fondements de leur art. Pour Vlakh - elles devinrent une affaire de conviction et embrassèrent l’ensemble de son parcours créatif. Autrement dit, selon tous les principaux signes de l’évolution de l’artiste, cela correspond à la nature de sa sensibilité artistique, et nous ne commettrons pas d’erreur en affirmant que, chez Vlakh, les ex-libris sont liés à la recherche d’une création gagaouze originale. Dans ses gravures, il fait écho aux motifs, aux procédés et aux démarches figuratives élaborés par la culture nationale. Dans les événements plastiques de la miniature, ces thèmes résonnent invariablement comme les principaux.
C’est précisément dans ce contexte qu’il convient d’évoquer une qualité constituant l’un des traits les plus importants de l’œuvre de Piotr Vlakh, - sa capacité à exprimer l’image du bibliophile, et cela d’une manière nullement abstraite, mais profondément personnelle. Suivant ce principe, l’artiste confère aux ex-libris une signification symbolique. Il concentre dans les sujets le développement de deux principes, auxquels correspondent deux procédés figuratifs : le premier objet, réel et principal, concrétisé et placé dans le second - textural et sémantique. Ce thème plastique traverse en arrière-plan tous les ex-libris, comme s’il transposait le principe dramaturgique de « l’action continue » en celui de « l’image continue ». Tels sont les ex-libris des ethnographes Iou. V. Popovitch, M. Marounevitch, S. Kouroglou, ainsi que celui du Musée historique et ethnographique gagaouze du village de Beșalma.
Les recherches menées dans le domaine de l’ex-libris au cours des années 80-90 peuvent être rattachées à la compréhension et à l’assimilation d’autres procédés stylistiques. Les feuilles graphiques sont composées des mêmes compositions frontales, mais désormais dépourvues de textures. Leur expressivité acquiert chaque fois de nouvelles résonances. Les compositions attirent l’attention par leur rapport particulier à la ligne et à la forme. En même temps, il ne s’agit déjà plus de la composition traditionnelle, avec ses formes d’objets et ses textures complexes, telle que nous la voyons souvent dans les premières œuvres de l’artiste. Le motif classique apparaît ici dans une autre interprétation, où l’on peut distinguer la maîtrise du dessin et les influences de l’art populaire. Il se transforme en diverses manifestations de la nature symbolique. Ce monde est interprété plastiquement ; tantôt dans la réfraction associative des images, tantôt dans des objets concrets. Et bien qu’il n’y ait ici aucune analogie directe et que la stylisation soit suffisamment voilée, elle crée néanmoins la nécessaire sensation d’un esprit général, lié à un milieu géographique et historique concret. Ainsi naît une métaphore qui tend le fil de la continuité entre les traditions littéraires et figuratives et la perception contemporaine du monde par le créateur. Les ex-libris tirés en plusieurs exemplaires continuent de se distinguer par leur originalité, leurs solutions décoratives et compositionnelles et la netteté d’exécution de la gravure.
Comme auparavant, P. Vlakh travaille le linoléum au burin, et ses œuvres portent en elles quelque chose d’unique. Dans les miniatures se lisent le silence et une méditation chargée d’émotion. L’artiste a lui-même défini sa position. Il adopte une conception qui renferme une structure figurative destinée à élever l’image jusqu’à la valeur de symbole. Malgré la simplicité du sujet de chacune de ses œuvres graphiques, chaque nouvel ex-libris porte en lui le germe d’œuvres futures, de futures miniatures. Comme auparavant, l’auteur fait écho aux motifs populaires, aux procédés folkloriques et aux démarches créatives élaborées par toute l’histoire de l’art graphique, (en particulier à la manière de la gravure sur bois de fil, qui est représentée avec le plus d’éclat dans les œuvres des grands maîtres).
L’importance de l’activité artistique de Piotr Vlakh- artiste issu du domaine des arts décoratifs et appliqués, n’a pas encore été pleinement comprise ni étudiée. Son œuvre devra encore être analysée par les historiens de l’art, mais on peut d’ores et déjà affirmer que les travaux artistiques de P. Vlakh occupent une place considérable et importante dans la culture visuelle de la Gagaouzie.