2010
« La gravure de vœux du Nouvel An PF (pour féliciter) » /article/
« L’Almanach du bibliophile », numéro XXXIV, p. 106-117
Moscou. Éd. « MSOOK et MSK »
La gravure de vœux du Nouvel An - PF (pour féliciter)
Depuis de nombreuses années existe (avec une tendance à disparaître) un genre aussi intime des arts graphiques de petit format que la gravure de vœux du Nouvel An, appelée « PF » (pour féliciter), ce qui signifie en français « pour féliciter ». Qu’est-ce qui rend cette petite miniature unique ? L’unicité de sa source première ? La primauté de l’original ? Son caractère artisanal ou le lien étroit entre le don d’imagination de l’artiste et l’initiateur des vœux. La gravure de vœux est réalisée sur commande d’un particulier ou d’une organisation, ainsi que par l’artiste pour ses vœux personnels.
Par essence, le « PF » est une carte postale à tirage limité, c’est pourquoi cette œuvre graphique peut également être considérée comme une carte postale.
La première carte postale fut émise en 1869 en Autriche-Hongrie. Dans l’Empire russe, les « lettres ouvertes » apparurent en 1871. Après l’adhésion de la Russie à l’Union postale universelle, des inscriptions en russe et en français y firent leur apparition. À partir de 1894, le ministre de l’Intérieur de Russie autorisa les formulaires de lettres ouvertes de fabrication privée. Dès lors, l’imagination des éditeurs ne connut plus de limites. La carte postale a toujours été une participante active aux événements. La carte postale nous adresse ses vœux à l’occasion des dates marquantes et des fêtes familiales. La carte postale conserve pour nous l’apparence des chefs-d’œuvre architecturaux et artistiques. La carte postale nous présente tout un monde dans sa diversité.
La carte postale est un produit typographique à grand tirage, tandis que la carte unique réalisée par un artiste-graveur possède un tirage limité et porte la signature de l’auteur.
Quel rôle peut-on attribuer à cette petite forme dans l’instruction, la diffusion des idées et l’éducation du goût artistique ? Ne fait-elle pas partie de la culture artistique générale ? N’est-elle pas un élément de la culture matérielle et historique de la vie des peuples de différents pays ?
Les formes graphiques de petit format constituent un type de gravure régi par des lois très spécifiques. Elles comprennent quatre sections principales :
-les arts graphiques autonomes de petit format - gravure thématique de petite dimension (jusqu’à 20 cm sur le côté le plus long) ; y sont également inclus les arts graphiques aphoristiques, c’est-à-dire un aphorisme graphique dense et concis sur un thème quelconque.
-les arts graphiques de circonstance - gravure réalisée en fonction d’une circonstance, à l’occasion d’une célébration ou d’une manifestation, dont les dates sont indiquées.
-l’ex-libris - marque de propriété qu’un bibliophile utilise pour identifier sa bibliothèque (traduit du latin, ex libris signifie « parmi les livres »). Ses dimensions ne doivent pas dépasser 12 cm sur le côté le plus long.
- Le « PF » (pour féliciter) du Nouvel An - gravure de vœux personnelle, qui peut être réalisée par l’artiste pour lui-même ou, selon le souhait du commanditaire, sous une forme artistique unique. Elle est gravée et tirée selon les mêmes règles que l’ex-libris. En règle générale, l’année et le nom de la personne présentant ses vœux y figurent, ainsi que, bien entendu, « P.F. » sous une forme abrégée ou développée. En recevant une telle gravure de vœux, on voit immédiatement, sans texte supplémentaire, qui présente ses vœux et qui a exécuté cette petite forme, puisque l’artiste-graveur appose toujours ses initiales sur la gravure.
De plus en plus rarement, le « PF » du Nouvel An fait l’objet d’une commande et devient le visage de son propriétaire. Il acquiert une nouvelle fonction sociale de portrait métaphorique de l’artiste. Les artistes-graveurs commencent à réaliser eux-mêmes leurs vœux du Nouvel An, à les signer et à se les échanger. Cela devient une sorte d’école de maîtrise, où ils peuvent démontrer à leurs collègues et aux collectionneurs leur goût et leur savoir-faire. Le thème est libre et sans contrôle. Presque tous les artistes de l’ex-libris sont passés par « l’école de la carte de vœux ». Le cercle de la gravure de vœux personnelle « PF » et son rôle de « souvenir » s’élargissent progressivement. Le nombre de collectionneurs augmente, et ce genre vivant et sensible aux événements de la vie prend de l’ampleur. Pourtant, le « P.F. » accorde sa préférence à la fête de la Nativité du Christ ou au Nouvel An.
Les biographies créatives des maîtres de la gravure de vœux personnelle de différentes générations forment une série convaincante qui témoigne de l’essor rapide de ce phénomène et de sa popularité internationale.
Essayons d’examiner plus attentivement quelques gravures de vœux réalisées par les maîtres de ce genre.
Le portrait-charge de Hanno Lepik, réalisé à l’encre de Chine pour le « PF-83 » par l’Estonien Hugo Hiibus (Hugo Hiibus), se caractérise par sa manière compositionnelle et stylisée. Les lignes tourbillonnantes, les aplats intenses et les hachures font ressortir ensemble, et non séparément, les traits du visage : les lignes des arcades sourcilières, du nez et des cheveux - tout se lit immédiatement, sans qu’il soit nécessaire d’examiner attentivement les détails. Une boucle de cheveux singulièrement « tourbillonnante » établit le lien entre le texte et la figure. Dans son ensemble, la figure est traitée dans une posture grotesque et statique, qui se développe des jambes fines jusqu’à la tête disproportionnée. La figure donne une impression de tension intérieure, tout en demeurant stable. La présence d’un appareil photo dans la main indique l’activité principale, sans même parler de la collection d’ex-libris.
Il existe une expression : « dessiner dans le tempo » ; c’est-à-dire transmettre la quintessence d’un phénomène. Il ne s’agit pas seulement de la rapidité physique d’exécution du dessin, mais surtout de la tension artistique transmise par la ligne et la hachure. Cela peut s’appliquer au « PF-1987 » d’Inge & Klaus Rodel, réalisé par l’artiste danois Erik Skjoldborg (Erik Skjoldborg). Le dessin du paysage urbain naît d’une ligne capricieuse : impétueuse, nerveuse, tantôt espacée, tantôt condensée jusqu’à former une tache. Elle se pose en traits verticaux et horizontaux, esquissant en quelque sorte les sujets de paysages urbains, de monuments architecturaux ou de fragments d’architecture. Or, cela constitue une strate déterminée de l’histoire, de la culture et de l’architecture. L’Antiquité se combine de manière étonnante avec une immédiateté sensible et un état émotionnel. Peu nombreux sont ceux qui peuvent se permettre de choisir ce thème pour une gravure de vœux.
Grand maître de la gravure allemande, le professeur Hermann Huffert (Hermann Huffert) réalisa le « PF-1990 » du Nouvel An pour Mario de Filippis (Mario de Filippis), célèbre collectionneur italien d’ex-libris. Le leitmotiv des vœux du Nouvel An qu’il créa fut un sujet biblique, dans lequel nous voyons les mages venus d’Orient se rendre à Bethléem pour adorer l’Enfant. L’étoile qu’ils avaient vue en Orient, qui les guidait et qui, enfin, s’arrêta au-dessus du lieu où l’Enfant était né. La capacité de l’artiste à transmettre le thème au spectateur dépend de son amour pour ce qu’il représente, de sa culture intérieure et de sa maîtrise. Cette xylogravure révèle un sage laconisme de la forme, une clarté classique des lignes et une impression d’illumination, d’envol.
Un autre « PF-1993 » à sujet biblique, « La Sainte Famille », fut réalisé pour lui-même par le célèbre artiste lituanien Antanas Kmieliauskas (Antanas Kmieliauskas). Cette gravure de vœux personnelle a été imprimée en relief et en couleur à partir d’une matrice en carton. Le caractère de la ligne et de la hachure diffère, dans cette manière, de celui des techniques classiques.
L’œuvre du maître estonien Vello Vinn (Vello Vinn), réalisée en 1977 sur commande de l’Union des artistes d’Estonie, est intéressante. Il s’agit d’un triptyque composé d’une forêt de bougies allumées, d’une horloge du Nouvel An « à douze degrés » et d’un texte entrelacé dans une ampoule lumineuse. Les accents sémantiques qui semblent se disperser du centre de la feuille vers sa périphérie résonnent avec toute leur force (dans une représentation d’une simplicité presque populaire). La composition schématisée, l’espace aplati et le dessin rythmé sont conçus avec audace. On y remarque les recherches d’un style graphique expressif de la fin des années soixante-dix. Cet artiste se caractérise par la construction d’un sujet quotidien « distancié », irrationnel ou fantastique, avec un emploi organique d’éléments réalistes. La particularité de la gravure réside dans ses rapports compositionnels, sa plasticité graphique et son coloris laconique (dans ce cas, la couleur est la terre d’ombre). Tout cela s’oppose plutôt à l’événement réel qu’il ne le transmet, même de manière conventionnelle. L’artiste doit manifestement, par son caractère inattendu et sa liberté vis-à-vis de la signification objective, faire passer les sujets représentés (quelques ampoules avec des bougies ou des bouteilles ailées) du domaine de la simple observation à la sphère élevée de la « grande » nuit du Nouvel An.
Dans le « PF-89 » du Nouvel An, l’artiste lituanien Alfonsas Čepauskas (Alfonsas Cepauskas) a représenté le roi David. Il a créé une image synthétique de l’épopée, en mettant avant tout l’accent sur la force, la puissance et le courage du roi. Il a trouvé sa propre clé pour traiter l’image et l’atmosphère dans son ensemble. L’artiste-graveur sature, densifie et maîtrise consciemment l’espace de la planche gravée. Les proportions et l’échelle des figures sont hyperbolisées. Le caractère décoratif, l’intensité de la couleur et la rigueur des lignes - caractérisent la stylistique de la miniature.
Sur l’une des premières gravures de vœux du célèbre artiste estonien Lembit Lõhmus (Lembit Lohmus), est gravée une scène espiègle : un Cupidon ailé arrache du mur les dates de l’année qui s’achève, derrière lesquelles apparaît « PF-1995 ». Ce sujet simple sur le thème du changement d’année est habilement gravé et dégage une grande chaleur. Le Pour féliciter -1990, réalisé par ce même maître au burin sur cuivre, se distingue par une exécution en filigrane. Selon le calendrier oriental, 1990 était l’année du « Cheval », et l’artiste prit pour modèle les chevaux de la frise du Parthénon. On pourrait écrire beaucoup sur les gravures de vœux personnelles de Lõhmus. Les « PF » qu’il a créés sont très expressifs et riches de contenu. La conception et l’incarnation s’y conjuguent, et la diversité des sujets et des images impressionne. Tout cela témoigne de la très grande maîtrise professionnelle du créateur.
Une autre gravure de vœux sur le thème du Zodiaque est celle de l’artiste et créateur d’ex-libris israélien Leonid Kuris (Leonid Kuris), « PF-84 » - l’année de la Souris. Cette gravure sur plastique est exécutée avec humour. La représentation du modèle : les épaules, la poitrine, les mains tenant l’information, est exécutée comme si l’artiste cherchait à révéler l’ensemble et le particulier, le volume et la plasticité de l’objet représenté. Il est intéressant de noter que le portrait, créé par la ligne et la hachure, se trouve dans un calme étonnant ; il transmet la profonde concentration et l’assurance du modèle face à l’année qui s’annonce.
L’artiste moscovite Maria Tchourakova réalisa le « PF-66 » pour Semion Gueorguievitch Ivenski, célèbre promoteur, collectionneur et artiste de l’ex-libris. La nature glaciale, fragile et intacte de la forêt de Noël, et un renard tapi ; personnage de nombreux contes et récits épiques russes. Le modelé classique de la xylogravure, en traits légers et lumineux, derrière lesquels une année se dissimule et s’éloigne, tandis qu’une autre s’esquisse et apparaît déjà.
Valerionas Jucys (Valerionas Jucys) imprègne presque tous ses vœux du Nouvel An d’humour et y introduit son autoportrait. Il en va de même pour le « PF-1991 », année de la « Chèvre ».
En réalisant le « PF-1989 » familial, Lev Grigorievitch Beketov - artiste de Crimée, ne manqua pas lui non plus l’occasion de marquer l’année du « Serpent ».
Le « PF-1987 » du Nouvel An de Mikhaïl Minkevitch (M. Minkevich) fut réalisé par l’artiste biélorusse Guennadi Grak. Une linogravure bicolore avec les attributs habituels du tirage : une ville nocturne, un chat, un sapin. L’accent sémantique et visuel - le chat rayé - est synonyme de pantoufles et de tranquillité domestique. Cela se rapporte manifestement à l’année souhaitée qui s’annonce.
Pour la gravure de vœux « PF-91 », Vladimir Cheïko- artiste moldave, prit pour base un élément festif et folklorique. Koliada - fête slave symbolisant la succession constante d’une année à l’autre. À partir de ce jour, la « clarté du jour » commence à augmenter, tandis que la nuit raccourcit. Le soleil, le cercle, le feu - symboles de la fête. Les jeunes filles et les jeunes hommes chantaient habituellement les koliadki le soir. Les personnes déguisées revêtaient des peaux d’animaux, avec des cornes et des barbes. Un bouc déguisé faisait également son apparition. Ainsi, par ce détail ethnographique coloré, l’artiste souligne l’écoulement du temps ; des rites - jusqu’aux « PF ».
Parfois, les artistes ne gravent pas l’inscription « PF », mais dédicacent simplement à cette occasion la gravure imprimée et la signent. Ainsi, les œuvres présentées ici des maîtres les plus célèbres, A. Brounovski et A. Kalachnikov, illustrent cette forme de vœux.
Au fil du temps, la gravure de vœux a tellement évolué qu’elle est devenue une orientation artistique autonome, et ses meilleurs exemples démontrent une virtuosité et une finesse d’exécution propres au chef-d’œuvre. La multiplicité des formes d’exécution du « PF » ne permet pas d’embrasser dans toutes leurs dimensions tous les aspects du développement des vœux de fête ni de prévoir les voies d’évolution de ce genre.
Classification des formes graphiques de petit format empruntée à S. G. Ivenski
/illustrations provenant de la collection personnelle de l’auteur/